intervention lors d'une "formation" sur la réforme de la voie professionnelle des lycées

May 22, 2019

Les personnels des lycées professionnels Jules Raimu (Nîmes), Paul Langevin (Beaucaire), CCI (Nîmes) et d'Alzon (Nîmes) étaient convoqués le mercredi 22 mai pour une "formation" sur la réforme.

S'inspirant de collègues de Marseille, voici la déclaration lue en préalable à la "formation".

 

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Ce texte est un texte collectif d’enseignant.es des lycées professionnels Jules Raimu à Nîmes et Paul Langevin à Beaucaire.

 

Nous nous exprimons dans le respect de l’article 6 de la loi 83-634. Autrement dit, si nous tenions à nous exprimer en préalable, il va de soit qu’en tant qu’agent.es de la Fonction publique de l’État nous continuerons à effectuer notre mission à bien, et ceci malgré notre opposition aux réformes actuelles. Ce petit préalable est important d’abord parce que vous le savez certain.es d’entre nous sont en lutte depuis maintenant plusieurs semaines et que l’administration a multiplié les pressions contre des collègues en lutte (nous pensons par exemple à nos collègue du lycée Philippe Lamour à Nîmes ou les collègues arrêtés hier à Toulouse) en bafouant la liberté d’expression. Mais c’est aussi important aussi car nous sommes tristes. Tristes car nous pensons que cette réforme, sur le fond, est une réforme dont nos élèves seront les premières victimes. Et comme nous sommes toutes et tous attaché.es à nos élèves, nous ne les abandonnerons pas, malgré cette tristesse de voir s’appliquer une réforme qui nous semble injuste et inefficace.

 

Nous avons consulté avec attention l’ensemble des textes sortis. Nous vous écouterons avec attention, et nous aurons d’ailleurs beaucoup de questions. Nous avons aussi écouté avec attention les discours de M Blanquer. Il faut vous dire que nous nous méfions toujours lorsque l’on nous promet une revalorisation de la filière professionnelle tant il y a eu toutes ces années des écarts entre l’objectif fixé et les faits. Enseignant.es de lycée professionnel depuis parfois de nombreuses années, nous avons vu comment réforme après réforme, cette école populaire et professionnelle a été démantelée. Aujourd’hui, on nous promet des «Harvard des métiers», la réalisation de «chefs-d’œuvre», des heures d’orientation, mais on omet de dire au grand public que les heures des disciplines générales sont réduites.

 

On s’en remet à l’apprentissage qui serait la solution de tous nos maux et on abandonne les fondamentaux. Et on abandonne l’égalité des chances et de ce qu’il restait de volonté émancipatrice. Ces futur.es salarié.es n’ont donc pas besoin de savoir ; il suffit de leur apprendre les gestes de l’exécution. Qui voudrait d’une telle école pour ses enfants ? Quelle erreur de laisser penser que ces élèves n’ont pas besoin de maîtriser les fondamentaux scolaires et culturels qui permettent pourtant de se construire professionnellement et socialement, au sein d’une société cohérente et qui donnerait ses chances à chacun.e. Cette réforme est un retour en arrière qui risque de fracturer encore un peu plus un public scolaire déjà bien fragile.

 

Le bac pro a 30 ans. Il concerne aujourd’hui près de 700 000 lycéen.nes. Il est vrai qu’il n’a pas – à tort ou à raison – une bonne réputation. Nos élèves eux-mêmes vivent parfois cette formation comme une relégation et notre métier consiste à leur montrer le contraire. Car le lycée professionnel est une véritable école de la deuxième chance.

 

Au fil de notre carrière, nous avons en effet côtoyé de nombreux élèves, fâchés avec l’école après un passage désastreux au collège, se réconcilier avec elle ; mieux, ils se sont découvert un projet professionnel ou ont poursuivi leurs études, et ont trouvé une place dans la société. Il n’y a pas un.e «élève-type» de lycée professionnel ; ces jeunes sont multiples mais on peut cependant leur trouver des points communs. Ils viennent pour une grande majorité de milieux défavorisés; ils ont des difficultés d’apprentissage, ce qui les a mis à l’écart de la réussite scolaire depuis le collège, dès l’école primaire pour certains. Ce sont des élèves qui ont besoin d’être rassurés, ils ont besoin de temps ; et souvent ils n’ont que l’école pour découvrir le monde.

Dans nos classes où il n’est pas rare d’expliquer que, non, Molière n’est pas vivant, que Christophe Colomb n’a pas découvert la lune ou que le 11 septembre 2001 n’est pas un complot. Dans nos classes dont les enfants ne sont jamais allés au théâtre ou n’ont jamais visité les musées de leur ville. Dans nos classes où Pythagore est parfois un rectangle et Thalès une multiplication en forme de soustraction. Dans nos classes où la confiance qui renaît prend la forme d’un sourire gêné.

 

Nous sommes fièr.es d’être leurs enseignant.es car nos élèves sont pleins de ressources et de talents. Mais pour qu’ils progressent, il faut du temps, de la bienveillance, une pédagogie adaptée et des moyens ; bref une volonté politique de sortir ces jeunes de la marginalisation sociale et culturelle dans laquelle ils se trouvent trop souvent. Pour cela, il faudrait penser les réformes en dehors d’un cabinet froid dont les principales décisions sont prises sous l’aune de la rentabilité et des économies de moyens.

Et ce ne sont pas que les disciplines générales auxquelles nous pensons, nous constatons aussi une nouvelle baisse des heures dans les disciplines professionnelles, ou plus précisément nous observons une nouvelle déprofessionnalisation de la voie professionnelle des lycées, dans une logique de déqualification.

 

En 2009, pour «revaloriser l’image de la voie professionnelle» – l’obsession de nos gouvernants – le gouvernement de M. Sarkozy décide la réforme du bac pro en trois ans. Jusque-là nous avions quatre années pour amener nos élèves au bac pro. Mais pour être moderne, il fallait s’adapter au rythme des élèves de la voie générale et technologique. Déjà, on supprimait les heures disciplinaires, générales et professionnelles, pour des heures de projet, de modules. Déjà, on mettait sur la touche les élèves les plus en difficulté en regroupant les effectifs. Au final, cette réforme a permis de supprimer de nombreux postes d’enseignant.es mais de bilan pédagogique, il n’a jamais été question…

 

Le bac pro a 30 ans. 30 ans c’est un bel âge, celui des premiers bilans et de tous les espoirs possibles. La réforme de M. Blanquer est en train de les tuer.


 

Matthieu Brabant, pour les personnels en lutte

 

 

 

 

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