Contribution CGT Plan régional de développement des formations et de l’orientation professionnelles

November 9, 2016

Contribution de Matthieu Brabant, pour les syndicats CGT de la Région Occitanie

Plan régional de développement des formations et de l’orientation professionnelles

 

 

La CGT, dans toutes les instances dans lesquelles elle est présente, a pour objectif d’élaborer des propositions, des préconisations pour le développement de notre territoire.

Le calendrier, très contraint, les difficultés pour comprendre la méthode de travail du CREFOP et le fait que la réforme territoriale est encore en cours, ne nous permettent pas de proposer une contribution détaillée.

Il nous semble donc important que l’on se laisse la possibilité de retravailler sur les orientations, voire les ajuster.

Nous en resterons donc là sur quelques principes.

Ainsi, nous avons bien noté la volonté de « faire de l’apprentissage un levier pour la croissance des entreprises et une voie de formation d’excellence ».

Vous le savez, la CGT n’a rien par principe contre l’apprentissage. Mais elle considère que cette voie est actuellement une voie concurrentielle à la voie sous statut scolaire. Cette concurrence est exacerbée et idéologique, sans qu’aucun bilan pédagogique sérieux ou d’efficacité ne soient fait.

La CGT considère que les deux voies doivent être complémentaires, que la voie scolaire est la voie à privilégier pour la formation professionnelle initiale. Chaque jeune doit donc pouvoir d’abord et avant tout avoir la possibilité de s’inscrire dans la voie professionnelle initiale sous statut scolaire.

Il est assez inquiétant que les lycées professionnels ne soient pas cités par la Région.

Par ailleurs, la CGT considère nécessaire un travail sur le décrochage scolaire. Mais, nous ne pensons pas que la voie professionnelle soit LA solution au décrochage scolaire. D’ailleurs, présenter l’apprentissage ou plus largement la voie professionnelle comme une solution miracle contre l’échec scolaire, porte en lui-même une vision de la voie professionnelle comme voie de relégation.

Enfin, la CGT rappelle que l’apprentissage ne crée pas l’emploi. Tout le discours sur les « compétences » ou « l’employabilité » masque les vrais enjeux sur l’emploi (la CGT est attachée aux qualifications). Vous le savez, la CGT a des propositions concrètes pour développer l’emploi.

 

Vous trouverez à la fin de cette contribution un appel unitaire signé par des chercheurs et par des responsables syndicaux de la CGT, de la FSU, de Solidaires et du SNALC. Nous insistons, concernant cet appel, sur les éléments chiffrés concrets qui démontrent que l’apprentissage n’est pas forcément la voie la plus efficace en termes de politique publique.

 

L’avenir des lycées professionnels

L’enseignement professionnel public subit des attaques sans précédent de la part des organisations patronales, du gouvernement, des régions, comme de certains parlementaires. Accusée à tort d’être éloignée de l’entreprise et des compétences nécessaires à l’emploi, la voie professionnelle sous statut scolaire ne colle pas à l’image que ses détracteurs cherchent à imposer. Alors que les mesures financières et les propositions de loi prônent le développement de l’apprentissage pour prétendre lutter contre le chômage des jeunes, il est indispensable de rappeler que l’enseignement professionnel public doit conserver sa première place dans la formation professionnelle et doit rester au sein des ministères de l’Éducation nationale et de l’Agriculture, garants du service public d’éducation pour tou-te-s.

L’enseignement professionnel public scolarise 700 000 jeunes, soit un tiers des lycéen-ne-s. Majoritairement issu-e-s des classes populaires, ces futures employé-e-s, ouvrier-ère-s, artisan-e-s, responsables d’entreprises, participeront au développement économique du pays et sont toutes et tous formé-e-s en alternance. Il existe, par exemple, vingt-deux semaines de stage, appelées période de formation en milieu professionnel (PFMP), pour le baccalauréat professionnel. Sans la création de ce diplôme, qui a fêté ses 30 ans cette année, l’objectif de 80 % d’une classe d’âge au niveau bac n’aurait pas été atteint. Quant au CAP, aujourd’hui centenaire et toujours reconnu par les conventions collectives comme premier niveau de qualification, il est préparé pour près de la moitié par des jeunes sous statut scolaire (parmi lesquels 98 % des élèves les plus fragiles, issu-e-s de Segpa, y accèdent). Nombreux-ses sont les élèves de la voie professionnelle à avoir des parcours réussis dans leurs entreprises ou des poursuites d’études remarquables dans l’enseignement supérieur.

Le Medef ne se contente pas d’attaquer la voie professionnelle en valorisant uniquement l’apprentissage : il prétend mettre la main sur la conception des diplômes aujourd’hui sous le contrôle des ministères de l’Éducation nationale et de l’Agriculture, tout en refusant de détacher les salarié-e-s pour les travaux des commissions professionnelles consultatives (CPC). Les CPC ont pour mission de faire évoluer les formations et les diplômes en fonction des évolutions des métiers et les entreprises y sont évidemment représentées par l’intermédiaire de leurs organisations patronales et de salarié-e-s. Par ailleurs, les entreprises participent à la délivrance des diplômes professionnels par l’intermédiaire des tuteurs et tutrices qui accueillent les élèves de lycées professionnels en stage et contribuent aux évaluations professionnelles qui certifient les diplômes. Les lycéen-ne-s bénéficient d’un nombre conséquent d’heures d’enseignements général et professionnel dans nos établissements publics, même si la réforme du bac pro en trois ans a malheureusement réduit ces temps. Cette rénovation de la voie professionnelle l’a fragilisée et les mesures annoncées le 29 janvier dernier par la ministre de l’Éducation nationale ne compenseront pas la suppression d’un an de formation.

Non, l’enseignement professionnel public sous statut scolaire n’est pas éloigné des entreprises. Celles et ceux qui claironnent le contraire poursuivent plusieurs objectifs : récupérer l’enseignement professionnel sous statut scolaire pour le mettre sous la seule responsabilité des entreprises, diminuer les heures d’enseignement général indispensables à la formation et à l’émancipation de tou-te-s les élèves, casser les diplômes de la voie professionnelle et couper le lien formation–qualification-rémunération. Les jeunes les moins qualifiés sont les plus touchés par le chômage, le projet des détracteurs de la voie professionnelle sous statut scolaire n’est donc clairement pas de lutter contre le chômage des jeunes.

Prétendant justement lutter contre le chômage des jeunes, le gouvernement et les régions participent à cette remise en cause de la voie professionnelle publique sous statut scolaire en promouvant et en finançant très largement le système de l’apprentissage. L’investissement public pour un-e apprenti-e est de 18 700 euros (coût en 2012, source: Cnefop, « Rapport apprentissage, janvier 2015 »), quand il est de 12 210 euros pour un-e lycéen-ne professionnel-le (coût en 2013, source : « Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, « Repères et références statistiques 2015 »). Et, contrairement aux idées reçues, l’apprentissage est moins efficace en termes d’obtention du diplôme, de lutte contre le décrochage, de poursuite d’études et d’insertion professionnelle à long terme. Il est la première dépense pour l’emploi des jeunes alors qu’il se développe essentiellement dans le supérieur, qu’il est très inégalitaire et discriminatoire (70 % des apprentis sont des garçons). Sélectif de surcroît, il n’a donc pas fonction de « bien public » en matière de formation professionnelle. Et si l’iniquité est régulièrement questionnée à l’université, celle opérée à l’entrée de l’apprentissage n’est, quant à elle, jamais débattue. L’enseignement professionnel public est la voie de réussite et d’intégration sociale des plus fragiles : il doit donc être doté de moyens à la hauteur des enjeux qu’il représente (650 000 jeunes de 15 à 25 ans sans solution d’emploi ni de formation). Les gouvernements successifs ont dépensé des millions d’euros et pourtant les objectifs du nombre d’apprenti-e-s de niveau IV et V n’ont jamais été atteints, loin de là ! (7 milliards d’euros dépensés en 2008 pour 427 000 apprenti-e-s et 8,2 milliards en 2012 pour 438 000 – source : Cnefop.) Alors que de nombreuses études confirment que les diplômé-e-s sont toujours mieux protégé-e-s du chômage que les non-diplômé-e-s, le gouvernement et le patronat fragilisent la formation professionnelle en remettant en cause les diplômes nationaux. La délivrance de blocs ou d’attestations de compétences dans des dispositifs et/ou cadres législatifs comme dans le projet de loi travail participeront de cette précarisation des jeunes. Le projet de loi travail propose aussi aux établissements d’enseignement secondaire privés hors contrat de bénéficier de la taxe d’apprentissage (TA). Il s’agit ici de diminuer d’autant le financement des lycées professionnels publics, dans un contexte où la perte de 30 % de la TA subie depuis 2014 asphyxie et empêche de fonctionner de nombreux lycées professionnels sur l’ensemble du territoire. Le gouvernement doit enfin considérer le service public de l’éducation, notamment l’enseignement professionnel public sous statut scolaire, comme un investissement pour l’avenir. Des mesures ambitieuses doivent être prises pour une voie de formation qui scolarise les élèves quels que soient leur condition sociale, leur sexe, leur lieu de résidence ou leur origine. L’enseignement professionnel public doit être développé pour accueillir tou-te-s les jeunes qui le souhaitent.

Signataires  :

Olivier Bleunven, Snetap-FSU, Valérie Bretel, SUD éducation, Guy Brucy, professeur des universités, historien de la formation professionnelle, Sabine Coste, chargée d’études IFE-ENS de Lyon, laboratoire ECP, Nicolas Chaudet, SUD éducation, Jérôme Dammerey, Snuep-FSU, Séverine Depoilly, maîtresse de conférences Espe Paris, Fabrice Dhume, enseignant-chercheur, Philippe Duffaut, Syac-CGT, Céline Dumoulin, ingénieure de recherche en sociologie, Henri Eckert, professeur de sociologie, Muriel Filippi, SYAC-CGT, Sigrid Gerardin, Snuep-FSU, Benoit Hubert, Snep-FSU, Prisca Kergoat, sociologue, Jean-Marie Le Boiteux, SNETAP-FSU, Anne-Marie Le gallo-Piteau, Snalc, Fabienne Maillard, professeure des universités, Gilles Moreau, professeur de sociologie, François Portzer, Snalc, Catherine Prinz, CGT éduc’Action, Didier Sablic, Snep-FSU, Lucie Tanguy, directrice de recherche honoraire au CNRS, Alain Vrignaud, CGT éduc’Action.

 

 

 

 

Tags:

Please reload

Infos des élu.es

Pour tous les personnels de l’Éducation nationale : mutations 2019/2020

1/10
Please reload

Please reload

© 2014 CGT Educ'action Montpellier 

created with Wix.com