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Contre l'exclusion de mamans par l'école de la République


Les sénatrices et sénateurs ont adopté, le 15 mai dernier, dans le cadre de l’examen du projet de loi sur « l’école de la confiance », un amendement LR qui vise à interdire le port du voile pour les mamans accompagnatrices des sorties scolaires.

Au Palais Bourbon, le député LR Eric Ciotti avait déjà tenté, sans succès de faire passer une telle mesure. L’amendement ne cite pas explicitement le voile. Il complète le code de l’éducation qui affirme déjà que « dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit », en y ajoutant les « sorties scolaires ».

La raison invoquée par les promoteurs de cet amendement : combler un vide juridique concernant l'obligation de neutralité religieuse à l'école. C'est un amendement problématique qui révèle une contradiction majeure dans son interprétation du principe de laïcité et de neutralité de l'école dans le sens où la neutralité imposée aux agent.es publics doit dans la conception classique de la séparation des Églises et de l’État assurer une non-discrimination envers les usager.es des services publics. Il est à noter que cette conception classique est celle en vigueur sur nos campus universitaires. Ce qui fait loi à l'université pour de jeunes adultes qui bénéficient de la liberté religieuse serait dénié aux mamans de nos élèves.

Cet amendement cherche à substituer à une conception classique, celle du texte phare de 1905, une vision d'une « laïcité dite de combat » A des fins politiciennes et en « harmonie » avec une idéologie de la haine, du rejet des différences et du dévoiement du principe de laïcité.

Dans l'école de la République, les personnels de l’État comme des Communes, veillent à construire une école bienveillante, accueillante, conscients que l'ancrage dans la communauté républicaine passe par l'école dès le plus jeune âge .

Dans ces quartiers de la République si isolés depuis que le bureau de poste a été liquidé, les locaux de EDF abandonnés - services publics qui permettaient un lien de confiance et la résolution de problèmes pour les familles populaires économiquement fragilisées- l'école reste souvent un des rares liens avec les familles populaires, un lien de fond puisqu'il touche à un intérêt général premier , le bien-être des enfants, leur « devenir élève ».

Quant à la politique de la ville ici à Perpignan, en matière d'habitat social, de transport avec la gratuité des bus, de prise en compte de la précarité énergétique, d'une réelle aide aux familles populaires quelque soit leur choix religieux, ou pas, on cherche encore. La politique culturelle, sportive en faveur des enfants ? Le prix d'accès à la piscine ? Combien de bibliothèques de quartiers, de ludothèques si nécessaires au développement harmonieux des enfants ? On compte. On cherche.

Dans nos quartiers et écoles populaires, cet amendement émeut et choque. Il déstabilise les équipes enseignantes. Tel un chien dans un jeu de quilles, il exploserait s'il venait à être définitivement adopté, tout le travail effectué par les équipes enseignantes en lien avec les parents. C'est un travail de co-construction des savoir-faire et savoir-être qui passe par les espaces parentaux mis en place, des projets de ludothèque à l'école, une participation active à la semaine du goût, de la culture, la préparation et la gestion de la kermesse par des équipes enseignant.es /parents d'élèves, des sorties scolaires, des moments de partage enfants, parents et enseignant.es indescriptibles.Tout cela ne peut se réaliser sans une forte implication des parents dans l'école et dans un contexte où la loi obligerait les enseignant.es à jouer à la police de l'habillement, à assumer le mauvais rôle de censurer une liberté fondamentale , la liberté de religion, d'une religion, l'Islam, cela deviendrait infaisable.

A Perpignan les mamans des quartiers populaires qui, avec ou sans voile, participent à la vie de l'école, se sont mobilisées et organisées en contestation de cet amendement et plus largement de la loi Blanquer, en convergence avec les luttes enseignantes.

Une chance à saisir pour « le vivre et gagner ensemble ».

https://www.lindependant.fr/2019/05/23/ecole-duruy-a-perpignan-une-centaine-de-personnes-reunies-contre-linterdiction-du-port-du-voile-en-sorties-scolaires,8216575.php?fbclid=IwAR0T4jwZZ-4bDffpPfx3z--X9Av0T1j25Cjc5y1rsDzwxZHFrt4G_PwfE8A

#66 #premierdegré

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